Faut-il faire du travail syndical auprès des jobistes ?

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Par Gaelle Neuwels, stagiaire aux Jeunes FGTB

Déjà en 2022, la mesure d’augmentation du nombre maximum d’heures autorisées pour les étudiant·es jobistes était présentée par la presse et les politiques comme une mesure gagnant-gagnant entre étudiant·es et employeurs. Les étudiant·es sont généralement présenté·es et se perçoivent comme une « main-d’œuvre flexible et bon marché »[1]. Depuis, ce type d’argument continue à être utilisé pour justifier une augmentation toujours plus grande de ces heures alors qu’elle est surtout une « excellente nouvelle pour les employeurs »[2], laissant pour compte l’avis des étudiant·es, pourtant premier·ères concerné·es. Dans le but de donner de la visibilité à leur voix, les Jeunes FGTB ont décidé de mener une étude qualitative centrée sur le sujet des jobs étudiants, de leur impact et perception.

Cette mesure présente une contradiction perceptible : pour les jobistes, le fait que les étudiant·es doivent travailler en parallèle de leur étude est un problème d’ordre social et systémique. Malgré cette opinion politique, iels se positionnent pourtant personnellement en faveur de cette réforme, ce qui traduit le manque de solution concrète alternative au travail étudiant. Sans job étudiant, celles et ceux qui vivent avec leur famille perdent leur autonomie et celles et ceux qui ne peuvent pas compter sur leur famille perdent leur moyen de subsistance.

« Moi je pense que c’est vraiment un truc en mode “Ouais on est avec vous les étudiants, mais c’est faux-cul à son paroxysme parce que c’est pas ok qu’on doive travailler 650 heures. Moi je suis content parce que je l’ai fait, tu vois. […] [Mais par exemple,] mon amie qui du coup fait ses études ici, elle est payée par le Luxembourg pour étudier. »[3]

De plus, les étudiant·es ne se positionnent pas fondamentalement contre le principe de travailler, mais bien contre une intensité disproportionnée du travail, sans lien avec leurs études. Selon les jobistes qui travaillent au quotidien, travailler hebdomadairement, une seule journée de la semaine et 8h sur cette journée, pourrait être bénéfique. Mais cette proposition s’oppose au stéréotype d’une volonté de flexibilité.

« Je fais quasi toutes mes heures, donc c’est 600 je pense, un peu plus. Et j’étais à peu près 580 heures par an. […] En fait, c’est bien d’avoir un job étudiant. Je pense que tout le monde doit avoir un job étudiant pour être formateur au niveau de ce que tu fais. Ça, c’est bien. Ça permet d’avoir une rigueur, d’arriver à l’heure, de faire attention des fois même aux liens qu’on a avec ses collègues, les clients, pas clients en fonction des boîtes, les investisseurs, etc. Ça forge, ça forme, c’est super important, ça ouvre un peu l’esprit. Maintenant, pas autant d’heures. […] 8 heures, c’est-à-dire [sur] une journée par semaine. [4]

Dans les secteurs dans lesquels les étudiant·es travaillent énormément, surtout le commerce et l’horeca, les syndicats sont peu connus des étudiant.es, dont la place est perçue comme temporaire ou ponctuelle. Dans les structures où ils sont présents, ces derniers n’entrent pas systématiquement en contact avec les travailleureuses ayant le statut étudiant. Pas toujours accompagnés, les jeunes n’apprennent généralement l’existence de leur droit de recours à un syndicat que lorsqu’ils se retrouvent en difficulté administrative, telle qu’une absence de contrat ou des salaires impayés. Iels se tournent plus facilement vers leur réseau de connaissances intrafamiliales et leurs supérieurs.

Malgré un effort des Jeunes FGTB pour sensibiliser les jobistes sur leurs droits, une majorité de celleux-ci ne partent pas toujours du principe qu’iels en ont. En effet, à la question « Dans quelle mesure connais-tu tes droits au sein de la structure dans laquelle tu travailles ? », la réponse de la majorité des personnes interviewées dans le cadre de notre étude commence par [Je sais que je dois…]. Les étudiant·es sont si peu sensibilisé·es sur leurs droits que leurs premières idées lorsqu’iels sont interrogé·es sur le sujet est qu’iels ont l’obligation de respecter leurs horaires et qu’iels doivent être payé·es pour leurs heures prestées.

« Je suis intérim, je n’ai pas de droit. […] De toute façon je suis étudiante donc je pense que j’ai pas le droit, je suis pas syndiquée de toute façon. T’as pas le droit, il me semble que tu peux pas. »[5]

Ensuite, ce n’est pas parce que les étudiant·es ont le droit de travailler plus qu’iels ne travaillent pas de manière illégale, souvent à leurs dépens, exploité·es par des employeurs malhonnêtes qui refusent de rédiger un contrat. Lorsque j’ai interrogé un jobiste sur l’impact du travail non déclaré sur son salaire, il m’a répondu :

« Au début je n’étais pas payé beaucoup par rapport à d’autres, j’étais à 10 euros de l’heure […] après j’ai négocié, j’étais payé à 12 et sinon il négociait toujours. Il essayait de m’arnaquer un peu sur mes horaires en disant : “Non mais là tu n’as pas travaillé autant que ça.” Il fallait prendre des notes sur tout, enregistrer, comme ça il y avait toutes les preuves et plus de problème. Je voyais venir le mec. Mais franchement, je n’ai pas eu beaucoup de chance avec lui parce qu’il n’était pas quelqu’un de très respectueux du travail fourni. Parfois, il m’envoyait tout seul sur des chantiers alors que je n’avais aucune expérience. Il m’envoyait tout seul, il continuait de payer 12€ l’heure alors que quelqu’un qui va tout seul comme ça doit être payé plus. Et lui, il demandait par contre à être payé 50 balles de l’heure sur mon dos et moi, il m’en redonnait 12 alors qu’il ne faisait rien. Donc franchement, c’était quand même délicat. »[6]

Mais ce type d’exploitation, décrite explicitement ci-dessus n’est pas la seule forme d’exploitation subie par les étudiant·es. En effet, le travail légal comporte aussi des formes d’injustices. Beaucoup travaillent depuis des années sans que cela ne soit valable pour la pension ou quelconque droit social. Certain·es étudiant·es trouvent qu’il serait injuste de devoir payer des cotisations à la sécurité sociale car iels considèrent que ce serait un manque concret à gagner. Pour d’autres, il serait normal de cotiser mais uniquement à condition d’avoir les mêmes droits que les autres travailleureuses. Les jeunes, ayant moins de chance de terminer leur cursus s’ils jobent beaucoup, lorsqu’ils perdent leur statut étudiant, se retrouvent sans filet de sauvetage, devant redémarrer leur nouvelle carrière de zéro. Finalement, le gouvernement ne prend en compte la réalité sociale des étudiant.e.s ni dans les dernières réformes, ni dans l’argumentation qu’il produit soi-disant en leur faveur.

En conclusion, il serait important et même indispensable de réaliser un travail syndical auprès des jobistes. Au vu de la non connaissance des droits, du manque de contact entre étudiant·es et délégation syndicales sur le lieu de travail des jobistes, ou de l’absence de toute délégation syndicale dans les PME, les jobistes n’ont pas le réflexe de se tourner vers les syndicats, et préfèrent se tourner vers leurs connaissances ou remonter les échelons hiérarchiques jusqu’à ce que leur problème soit réglé.


[1] « Pour les jobs étudiants, le nombre d’heures autorisées sera augmenté : bonne ou mauvaise nouvelle ? – RTBF Actus », RTBF, consulté le 28 avril 2026, https://www.rtbf.be/article/pour-les-jobs-etudiants-le-nombre-d-heures-autorisees-sera-augmente-bonne-ou-mauvaise-nouvelle-11085965.

[2] « Bonne nouvelle : embauchez des étudiants 650 heures par an dès 2025 ! », Student.be, 23 septembre 2025, https://www.student.be/fr/student-life/bonne-nouvelle-embauchez-des-etudiants-650-heures-par-an-des-2025/.

[3] Extrait d’entretien 6

[4] Extrait d’entretien 8

[5] Extrait d’entretien 10

[6] Extrait d’ entretien 9

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