La lutte des mineurs anglais contre Tatcher

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Par Gaspard Massart, animateur aux Jeunes FGTB Namur

L’ère industrielle est particulièrement marquée par l’histoire syndicale : les grandes grèves de 1960 en Belgique, les manifestations étudiantes au Chili en 2011, le soulèvement pour les salaires et la démocratie en Corée du Sud en 1996 et, bien entendu, la fameuse grève des mineurs en Grande-Bretagne en 1984 et 1985. Petit retour sur cette dernière, qui a modifié la culture syndicale, ouvrière et politique de l’Europe entière, ainsi que sur la figure infecte de la Dame de Fer et de son gouvernement.

Quand la NUM, principal syndicat minier de Grande-Bretagne, lance un immense mouvement de contestation et de grève en mars 1984, le pays vit sous un gouvernement néolibéral autoritaire (si cela vous rappelle quelque chose, ce n’est pas un hasard) depuis 1979. Gouvernement dirigé par la tristement célèbre Dame de Fer, Margaret Thatcher. En bonne néolibérale, elle veut privatiser ou fermer de nombreuses entreprises publiques, notamment de nombreuses mines, et affaiblir des syndicats perçus comme un obstacle à ses politiques.
C’est dans ce contexte que la NUM lance un immense appel à la grève, de mars 1984 à mars 1985 : un mouvement d’un an que le gouvernement a réprimé dans la violence.


En décembre 1984, le mouvement atteint un point critique. Les grévistes sont la après près de quarante semaines de grève et l’hiver renforce la pression économique mise sur les travailleurs. Les bassins miniers, notamment le pays de Galles et le Kent, restent extrêmement mobilisés. Le gouvernement durcit la répression, envoie la police montée pour casser les piquets de grève et refuse tout dialogue ou toute concession. La solidarité internationale s’organise face à tant de violence et de répression : des organisations syndicales du monde entier envoient des fonds pour soutenir la NUM, notamment la FGTB, à travers la Centrale Générale et les Métallos wallons , qui ont été particulièrement solidaires, allant jusqu’à organiser des envois de colis alimentaires et de jouets pour les enfants des grévistes lors des fêtes de Noël 1984.
Le gouvernement autoritaire n’a jamais reculé ni même plié. À la place, il a arrêté plus de 9 000 personnes et blessé plus de 5 000 autres. Les mines et les industries ont progressivement fermées, plongeant des pans entiers de la Grande-Bretagne dans la misère, notamment le pays de Galles et le Kent. Une destruction humaine et économique dont on ressent encore les effets aujourd’hui.


La phrase fétiche de Margaret était « There Is No Alternative » (TINA — il n’y a pas d’alternative). Effectivement, certaines choses semblent immuables : la destruction des services publics et la privatisation ou la fermeture d’entreprises publiques entraînent misère et mort dans les régions désindustrialisées.
Aujourd’hui, on ne peut que s’inquiéter quand le Premier ministre belge se dit fan de Thatcher et quand les responsables politiques ressortent cette phrase. Car si « il n’y a pas d’alternative », pourquoi est-ce qu’on les paye ?
Je vous laisse avec ce couplet de Renaud, issu de la magnifique chanson Miss Maggie (avant qu’il n’insulte un virus et n’embrasse la police) :
Palestiniens et Arméniens
Témoignent du fond de leurs tombeaux
Qu’un génocide c’est masculin
Comme un SS, un torero
Dans cette putain d’humanité
Les assassins sont tous des frères
Pas une femme pour rivaliser
À part peut-être, Madame Thatcher

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