Par Juliette Léonard, militante aux Jeunes FGTB
Chaque année, le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, est l’occasion pour des centaines de milliers de femmes à travers le monde de se réunir afin de revendiquer l’égalité et des dispositifs contre les violences sexistes et sexuelles. Cette journée s’inscrit dans une perspective internationaliste, rappelant que les femmes font face à un même système mondialisé qui les exploite et opprime. Comme nous le constatons en Belgique, partout où prospèrent les politiques de droite et d’extrême droite, les femmes sont particulièrement impactées. Notamment en raison des emplois qu’elles occupent majoritairement : secteur du soin, temps partiels, moins payés, etc. Les politiques de droite augmentent la précarité des femmes, mettent à mal leurs droits et accroissent les violences à leur encontre. Dès lors, cette année encore, le 8 mars belge s’inscrit dans la lutte contre les gouvernements Arizona et Azur pour dénoncer leurs politiques d’austérité, de flexibilisation des conditions de travail, de vol des pensions, de fragilisation des services publics et de la sécurité sociale ainsi que leurs attaques contre le monde associatif et les syndicats.
Les liens entre luttes féministes et sociales sont au cœur de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, et ce, dès le début du 20ème siècle. L’internationalisation de cette journée se doit à Clara Zetkin. Partant du “National Women day”, mis en place par le parti socialiste étatsuinien sous l’impulsion de la militante féministe ouvrière juive Theresa Serber Malkiel, Zetkin propose que le 8 mars résonne à un niveau international.
L’internationalisme et la lutte contre le capitalisme sont une évidence pour la féministe marxiste Clara Zetkin. En effet, pour les féministes marxistes, l’oppression et l’exploitation des femmes sont dûes au système capitaliste. Le sexisme est considéré comme une idéologie qui permet de baisser les salaires, les conditions de travail et de diviser la classe travailleuse. Marx et Engels théorisaient déjà l’oppression des femmes, notamment au sein de la famille. Soulignons que, pour les marxistes, les femmes ne sont pas considérées comme une classe à part entière, mais comme une catégorie spécifique de travailleuses.
Pour ces féministes, la lutte des classes est donc centrale et les femmes prolétaires ont plus d’intérêts en commun avec les hommes prolétaires qu’avec les femmes bourgeoises. Elles s’opposent ainsi au féminisme bourgeois. Dans cette perspective, les femmes ont intérêt à lutter contre le capitalisme et les luttes féministes, socialistes, sont bénéfiques pour l’ensemble du prolétariat. Ces conceptions, parfois mal comprises, peuvent laisser penser que “Les femmes ? Tout sera réglé à la fin du capitalisme”. Pourtant, les écrits et politiques de féministes telles que Zetkin ou Kollontaï démontrent qu’il y a d’autres combats à mener pour atteindre l’égalité hommes/femmes, au niveau de l’éducation, mais pas seulement. Les féministes marxistes militent pour la socialisation du travail domestique à travers la mise en place de crèches, cantines, jardins d’enfants, etc. publics qui permettent de collectiviser ce travail et de ne pas le laisser reposer sur les femmes au sein de la sphère familiale.
À travers les décennies, de nombreuses féministes marxistes – ou matérialistes bien que ces dernières, faisant des femmes une classe à part entière, s’éloignent du marxisme – se sont appropriés les écrits de Marx pour en offrir diverses interprétations. Certaines féministes marxistes contemporaines mobilisent le concept de “travail reproductif” pour désigner le travail spécifique réalisé par les femmes. “Pour elles, en plus de permettre des bas salaires et la division, le sexisme permet un travail spécifique sur lequel repose le capitalisme. En effet, pour fonctionner, le capitalisme a besoin de main d’œuvre. Ainsi, dans une société capitaliste, le travail d’éducation, de soin, de prise en charge… majoritairement assigné aux femme, sert à reproduire la main d’œuvre gratuitement ou à bas coûts”. Dès lors, le capitalisme ne peut fonctionner sans l’exploitation des femmes.
Nous le voyons, le marxisme offre de riches grilles de lecture qui permettent de penser nos conditions de vie et ouvrent des horizons plus larges qu’une déconstruction individuelle. Mais le féminisme marxiste, comme toute pensée marxiste, ne se limite pas à ces théorisations. Pour les marxistes, si la théorie est primordiale, l’objectif n’est pas de philosopher sans fin, mais bien de se mettre en action. La théorie n’a de sens que dans son rapport à la pratique, les deux s’enrichissant. La force du marxisme, c’est de nous inviter à lutter pour renverser le rapport de force et de dessiner une autre société : le socialisme. Si les mouvements féministes ont souvent fait l’impasse de la question stratégique, le féminisme marxiste nous invite à nous poser sérieusement la question de comment renverser ce rapport de force.
À mon sens, l’apport du marxisme nous incite aujourd’hui à œuvrer pour créer un mouvement fort et massif qui peut obtenir des victoires. Pour cela, nos luttes doivent partir d’une analyse de la situation : il n’existe pas a priori une bonne ou une mauvaise pratique, une pratique n’est pas bonne ou mauvaise en soi, tout dépend d’où se situent les forces en présence. Notre rôle aujourd’hui est d’affirmer qu’une alternative au capitalisme est possible, de contrer la résignation, d’aviver la conscience de classe et de démontrer que, ensemble, nous pouvons obtenir des victoires. Ces victoires, même petites, sont nécessaires dans la constitution d’un mouvement qui a conscience de sa force.
Plus que jamais, nous devons sortir des logiques d’entre soi en allant à la rencontre des personnes qui ne sont pas encore sûres de pourquoi le capitalisme nuit aux travailleuses et aux travailleurs. Nous devons également proposer des outils d’organisation collective – comme le syndicat – aux personnes qui veulent lutter contre le gouvernement Arizona, mais ne savent pas comment. Les mouvements sociaux sont des moments cruciaux. Face à la montée des discours réactionnaires et à la radicalisation du capitalisme, le féminisme marxiste nous offre une boussole essentielle. Il nous invite à analyser, mais surtout à lutter collectivement, à intensifier les mouvements féministes et à obtenir des victoires.