Arizona : la répression comme réponse aux maux sociaux OU le tournant sécuritaire 

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Par C.T., militante aux Jeunes FGTB

Le tristement célèbre accord Arizona fait état de nombreuses mesures visant à augmenter les politiques sécuritaires en Belgique, tout en faisant reculer les droits sociaux. La réponse du gouvernement de Wever à la détresse sociale reste quasi-unidimensionnelle : la répression. La Ligue des Droits Humains rappelle d’ailleurs que cet accord participe à la criminalisation des personnes étrangères, induit la limitation des allocations de chômage, le renforcement des services de police, le retour de la peine complémentaire d’interdiction de manifester, ainsi que la probable construction de nouvelles prisons. Sous couvert d’une volonté de « redresser » notamment économiquement le pays, plusieurs auteur·trices et organisations font le constat de probables conséquences contraires, c’est-à-dire des coûts économiques, mais surtout sociaux, beaucoup plus importants. Nous souhaitions donc revenir dans cet article sur la manière dont se traduit ce « tournant sécuritaire » qu’incarne le gouvernement Arizona, illustré ici par deux exemples choisis.

  1. Narcotrafic et politiques carcérales :

L’utilisation du terme « narcotrafic » pour qualifier la situation du trafic de stupéfiants en Belgique s’est popularisée dernièrement dans les discours politiques. L’utilisation de ce terme démontre certes la volonté de marquer la gravité d’une situation dans laquelle les victimes se multiplient, mais faire usage d’un terme employé à l’époque de la War on drugs aux États-Unis permet surtout de justifier un renforcement des politiques sécuritaires : par cette rhétorique l’on justifie la déshumanisation, l’on diabolise un groupe sans tenter de comprendre les dynamiques sous-jacentes à ces trafics et à ses acteur·trices. Le gouvernement Arizona a alors mis en place un ensemble de dispositifs renforçant à la fois les pouvoirs policiers et le risque d’un climat liberticide comme la présence accrue de la police dans certaines zones « cibles », la possibilité de fouilles préventives et de transactions pénales immédiates, ou encore la possibilité de la mobilisation et la formation de l’armée aux tâches et pouvoirs policiers. La mention d’une politique de « tolérance zéro » pose historiquement la question de l’efficacité de l’emprisonnement ; or, plusieurs études démontrent l’inefficacité des lourdes peines sur la récidive (Eurotox, OIP, Kelsey, De Valkenner). La possibilité évoquée par le gouvernement de construire davantage de prisons, additionnée à l’augmentation des pratiques répressives, interroge donc sur un glissement des politiques carcérales vers ce qu’a actuellement mis en place le ministre de la Justice en France : construction de « narcoprisons ». Le modèle de ces établissements remet en cause plusieurs droits fondamentaux. La Belgique ayant été

condamnée plusieurs fois à cause des conditions de vie au sein de ses prisons (insalubrité, surpopulation, etc.), il est clair que la construction de nouvelles prisons ne règlera pas le problème : on y enfermera seulement davantage de personnes.

  1. Répression des manifestations :

Un autre pan répressif alarmant et particulièrement en recrudescence depuis l’entrée du gouvernement Arizona est celui des dispositifs coercitifs importants qui ont été mis en place lors de récentes manifestations. Pour rappel, le 2 octobre dernier, lors d’une manifestation pacifique en soutien à la Global Sumud Flotilla, des images de « policiers en tenue anti-émeute donnant des coups de pied, assénant des coups avec des matraques et faisant usage de gaz lacrymogènes » (Amnesty) ont été relayées. Dans le même registre, des affrontements ont été constatés le 14 octobre alors que 140 000 manifestants se sont réunis en contestation. Enfin, un peu plus tard dans le mois et dans la logique de criminalisation des personnes étrangères, la police est intervenue violemment dans le cadre de l’expulsion de l’occupation Zone neutre, accompagnée d’un dispositif impressionnant et dont la proportionnalité est évidemment contestée et contestable. L’idée que la répression ou la peur de la répression puisse gêner, intimider, voire empêcher les personnes de manifester est une atteinte considérable aux principes démocratiques et à la liberté. La contestation des injustices, les luttes populaires, le droit de grève et la recherche du « mieux-vivre » constituent le socle de résistance aux idées autoritaires. Il est de notre devoir de défendre nos droits.

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