Quand la Jeunesse Travailleuse Africaine prend son avenir en main : retour sur la première conférence des jeunes syndicalistes de la CSI-Afrique.

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Par Charlie Gelaesen, animateur aux Jeunes FGTB et Elise Craeghs, gestionnaire de projet à l’IFSI

La Confédération Syndicale Internationale – Afrique a organisé fin septembre sa première conférence-rencontre continentale dédiée aux jeunes travailleur·euses. Face aux changements climatiques, aux problèmes de corruption et à l’instabilité politique, les jeunes s’organisent pour s’offrir l’avenir prospère dont iels sont avides.

Les Jeunes FGTB étaient invité·es aux côtés de l’IFSI, asbl de coopération syndicale internationale liée à la FGTB, à participer à cet événement historique, qui se déroulait dans la capitale togolaise de Lomé.

L’événement était une première, regroupant des délégations de jeunes de tout le continent. Le but : échanger sur les différentes réalités de terrain, sur les différents obstacles rencontrés par la jeunesse travailleuse, et discuter de pistes nationales, régionales et continentales pour y faire face.

D’importants facteurs sont à prendre en compte pour comprendre les réalités de nos camarades africain·es. Le premier étant la proportion démographique des jeunes sur leur continent. D’ici 2035, un tiers de la population africaine sera jeune. Et malgré cela, l’absence considérable d’investissements durables pour leur avenir cause un nombre élevé de NEET (Not in Employment, Education or Training, alias des fantômes pour le système, flottant en dehors des milieux de l’emploi, de l’éducation ou de la formation). 

L’absence de structures formelles qui crée les NEET est également présente dans les différents secteurs professionnels. Les travailleur·euses peuvent difficilement se syndiquer, et encore moins bénéficier de protection légale concernant leurs conditions de travail ou leur sécurité. Les travailleur·euses des secteurs bénéficiant de conventions collectives voient rarement arriver les changements jusqu’à elleux. De plus, certains secteurs peuvent difficilement négocier dans leur ensemble de par l’immensité des territoires nationaux des pays africains. Pour référence, la surface du Malawi, pourtant considéré comme un petit pays, équivaut à quatre fois celle de la Belgique. La disparité des conditions socio-politiques voire même climatiques complexifie considérablement la réalisation d’une liste commune de revendications. Cette problématique s’applique principalement aux travailleur·euses agricoles, les vendeur·euses de rue (significativement plus présent·es qu’en Europe du Nord), ou aux ouvrier·ères de l’industrie textile.

Un autre frein à la diminution du taux de NEET est l’absence d’opportunité de libre mouvement des citoyen·nes africain·es au sein de leur propre continent. Face à des procédures administratives longues, complexes et parfois coûteuses voire discriminatoires, l’immigration continentale se fait souvent dans l’ombre, en dehors de tout système, forçant les travailleur·euses immigré·es à travailler dans l’illégalité. Certaines délégations, notamment celle d’Afrique du Sud, ont insisté pour que la CSI-Afrique procède à un lobbying auprès des gouvernements pour trouver des accords de libre mouvement, mais selon des principes plus stricts que le modèle de l’espace Schengen. Iels espèrent ainsi pouvoir diminuer l’exploitation injuste des jeunes travailleur·euses non-déclaré·es, doublement en danger de par leur statut d’immigré·es et leur manque d’expérience.

Cette demande a d’ailleurs été reformulée lors de la dernière plénière, lors de la présentation des éléments fondateurs de la charte commune établie par les délégations. Bien qu’encore au stade de brouillon et en voie d’être amendée par les pays n’ayant pu être représentés, ce document englobe l’esprit et les luttes de nos camarades d’Afrique, à savoir un syndicalisme intersectionnel, et capable de s’adapter rapidement à l’évolution des besoins de sa base.

« Pas de discussions à propos de la jeunesse sans jeunes autour de la table. », a-t-on pu entendre à plusieurs reprises durant ces trois jours. Le premier point de l’ébauche de la charte le reflète : « Nous exigeons une restructuration des hiérarchies syndicales incluant des représentant·es de la jeunesse à tous les niveaux décisionnels. »

Au-delà des débats et des positions générales, certaines des choses les plus intéressantes, comme souvent dans ce type d’évènement, se trouvent entre les lignes ou sont dites dans des moments informels. Réflexions sur les tables de discussions, les panels, les présentations, les réactions fusaient lors des pauses et après-journée. Aucun article ou rapport ne peut capturer l’essence de ces échanges humains avant d’être politique. Et aucune école n’est plus formatrice à l’empathie et à la détermination qu’une immersion aussi brève qu’intense dans une jeunesse qui porte sur son dos et dans son cœur la rectification et la guérison de siècles de violences coloniales, au profit d’un avenir juste, digne et solidaire.

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