Syndicalisme et coopératives : quelles perspectives communes contre le capitalisme ?

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Les coopératives éveillent à nouveau les consciences, et les expériences sont nombreuses où cette économie alternative démontre qu’elle peut produire « autrement ». Les syndicats ont beaucoup à gagner en renouant avec le mouvement coopératif, tout en continuant à défendre les travailleur·euse·s.

De nos jours, les coopératives et plus largement ce qu’on appelle l’« économie sociale », font l’objet d’un intérêt croissant parmi la population, notamment chez les jeunes. Face à la crise systémique que vit le capitalisme mondial – amplifiant les problèmes sociaux, économiques, sanitaires et écologiques de nos sociétés, avec la hausse du chômage, de la misère et de l’exclusion, sans compter les entreprises menacées par la faillite ou la délocalisation – l’économie coopérative s’inscrit toujours plus dans le champ des alternatives. Bien qu’elle ne soit pas intégralement en dehors des marchés capitalistes, elle résiste mieux à la crise, en proposant une réponse politique et entrepreneuriale originale, œuvrant à une transformation sociale, écologique et démocratique de l’économie.

Bien souvent, l’objectif principal de l’activité d’une entreprise classique est la recherche des bénéfices, dont la majeure partie sera distribuée sous la forme de dividendes aux actionnaires. Dans le cas d’une entreprise coopérative, même si elle obéit aux règles du marché et cherche à obtenir des excédents, l’essentiel de ses bénéfices est réinvesti pour garantir la pérennité de l’entreprise (et donc des emplois) ou est mis en réserves. Le but d’une entreprise coopérative n’est donc pas de faire du profit, mais bien de faire vivre une activité économique pour ses travailleur·euse·s et coopérateur·rice·s, sur base de valeurs éloignées de celles des entreprises capitalistes et néolibérales.

La libre adhésion et une gestion démocratique et transparente en entreprise sont des principes fondamentaux de l’économie sociale et coopérative. Ils ne sont pas forcément respectés partout, d’où la nécessité de maintenir un contre-pouvoir syndical interneà l’entreprise coopérative. Néanmoins, le modèle de la coopérative de travailleurs, une entreprise où les travailleur·euse·s peuvent partager le pouvoir de décision à travers le principe « un homme/une femme, une voix », et devenir eux-mêmes (co-)propriétaires et coopérateurs de leur entreprise en acquérant des parts sociales du capital, pose question sur les rapports capital/travail historiquement défendus par la FGTB.

Pourtant, les dynamiques du développement des coopératives de travailleurs (en création ou en reprise/transmission d’entreprise, souvent des PME) peuvent tout à fait incarner un élargissement du contrôle ouvrier dans les entreprises et du contre-pouvoir indispensable des syndicats, permettant également une implantation syndicale plus large dans les PME. Le modèle coopératif n’est pas parfait et il est légitime de se méfier d’une forme de démocratie interne à l’entreprise qui court-circuiterait la représentation syndicale des travailleur·euse·s. Des problèmes peuvent subvenir dans les entreprises, qu’elles soient ou non des coopératives et que les travailleur·euse·s y soient « associé·e·s ». Certain·e·s choisissent d’ailleurs de ne pas l’être, et il est donc essentiel d’avoir des syndicats pour les représenter.

Syndicalisme et coopérativisme ne sont donc pas incompatibles, mais complémentaires.

C’est dans ce sens que syndicats et coopératives peuvent mener un même combat contre le capitalisme, pour faire émerger un autre modèle de société, une autre économie. Par le passé, mouvements coopératif et syndical ont pu représenter une véritable force commune pour les travailleur·euse·s et le mouvement ouvrier. Historiquement, les coopératives se limitaient essentiellement au secteur de la consommation, ce n’est plus le cas désormais. On retrouve des sociétés coopératives dans des secteurs et des métiers très variés, et en constante progression. L’héritage matériel de cette époque comme les Maisons du Peuple n’existe malheureusement plus, mais la postérité quant à elle reprend vigueur dans l’idée de s’investir à nouveau dans des projets coopératifs. Les syndicats ont leur rôle à jouer dans ce mouvement profondément progressiste.

Orville Pletschette, animateur-formateur sur les questions autour des coopératives au sein du CEPAG

CAMARADE ! Septembre 2020

Illustration : Michel wal / CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)

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